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Photo: Pixabay
Depuis mars 2024, la prescription de valproate aux hommes est soumise à des conditions strictes en Suisse. En ce qui concerne les risques potentiels pour les enfants à naître, les données disponibles restent ambiguës. Par ailleurs, la supériorité de l’efficacité du valproate reste prouvée.
Déclaration actualisée de la Société allemande d’Épileptologie, de la Société autrichienne d’Épileptologie et de la Ligue Suisse contre l’Epilepsie
Décembre 2025 – Les données disponibles sur le risque de troubles du neurodéveloppement chez les enfants dont les pères ont pris du valproate au moment de la conception ou au cours des trois mois la précédant sont ambiguës.
Une étude danoise portant sur plus de 1’300 enfants exposés au valproate et plus de 1’200’000 enfants non exposés n’a révélé aucune différence significative dans l’apparition de troubles du neurodéveloppement, y compris des troubles du spectre de l’autisme, après une période de suivi moyenne de plus de 10 ans (Christensen et al. 2024).
Une autre étude de registre menée au Danemark, en Norvège et en Suède auprès de 5’700 enfants a révélé, après ajustement statistique des données regroupées, que les enfants d’hommes ayant pris du valproate au cours des trois mois précédant la conception présentaient une association significative avec des troubles du neuro-développement par rapport aux enfants d’hommes sous lamotrigine ou lévétiracétam (Colas et al. 2025). Les auteurs soulignent toutefois qu’il convient d’interpréter les résultats de leur étude avec prudence en raison de certaines limites méthodologiques.
Dans ces deux études, chez une partie des pères, une maladie psychiatrique était l’indication pour la prise de valproate ou de lamotrigine et de lévétiracétam.
Aucune des deux études n’a mis en évidence de lien entre la prise de valproate par le père avant la conception et l’apparition de malformations congénitales chez leurs progénitures.
Les deux études SANAD ont démontré l’efficacité supérieure du valproate par rapport à d’autres anticonvulsivants dans le traitement de l’épilepsie généralisée idiopathique (Marson et al. 2007, Marson et al. 2021). Une étude de cohorte rétrospective internationale a également montré que le passage du valproate à un autre médicament anti-crises chez les femmes et les hommes atteints d’épilepsie s’accompagne d’une augmentation significative des risques de consultation aux urgences, d’hospitalisation stationnaire, de chutes, de blessures, de brûlures et de nouvelles dépressions (Mbizvo et al. 2024).
À l’heure actuelle, on ne peut exclure avec certitude un risque légèrement accru de troubles du neurodéveloppement chez les enfants dont le père prend du valproate; les données disponibles sont toutefois hétérogènes. En revanche, le valproate présente une efficacité nettement supérieure dans le traitement des myoclonies et des crises tonico-cloniques dans le cadre d’épilepsies généralisées idiopathiques.
En tant que Société allemande d’Épileptologie, Société autrichienne d’Épileptologie et Ligue Suisse contre l’Epilepsie, nous continuons à recommander, conformément aux directives actuelles de la Société allemande de neurologie « Première crise d’épilepsie et épilepsies à l’âge adulte » que chez les femmes chez lesquelles on peut exclure une grossesse avec une grande certitude et chez les hommes atteints d’épilepsie généralisée idiopathique et présentant principalement des myoclonies et des crises tonico-cloniques, le valproate devrait être pris comme médicament de premier choix (Holtkamp, May et al. 2023). Il convient d’évaluer au cas par cas si le valproate doit être utilisé chez un patient masculin. Chez les femmes atteintes d’épilepsie généralisée idiopathique chez lesquelles on ne peut exclure avec certitude une grossesse, en raison du risque tératogène du valproate, on devrait, conformément aux directives, prescrire de la lamotrigine ou du lévétiracétam comme médicaments de premier choix.
En Allemagne, en Autriche et en Suisse, des règles différentes s’appliquent en matière d’information et de documentation concernant la prise de valproate. Pour des raisons formelles, nous renvoyons à cet égard aux directives des autorités de contrôle compétentes, même si nous ne partageons pas leur avis dans la présente prise de position.
Informations de Swissmedic (y compris la brochure à l’attention des patients et le guide à l’attention des professionnels de la santé)
Communiqué de l’EMA du 19 février 2024 à l’attention des professionnels de la santé
Références
Christensen J, Trabjerg BB, Dreier JW. Valproate use during spermatogenesis and risk to offspring. JAMA Netw Open 2024; 7: e2414709.
Colas S, Longin J, Santos AC, et al. Paternal valproate use and neurodevelopmental disorder and congenital malformation risk in offspring. JAMA Netw Open 2025; 8: e2542581.
Holtkamp M*, May TW* (*geteilte Erstautorenschaft), Berkenfeld R, Bien CG, Coban I, Knake S, Michaelis R, Rémi J, Seeck M, Surges R, Weber Y, et al. Erster epileptischer Anfall und Epilepsien im Erwachsenenalter, S2k-Leitlinie, 2023; in: Deutsche Gesellschaft für Neurologie (Hrsg.), Leitlinien für Diagnostik und Therapie in der Neurologie. Online: www.dgn.org/leitlinien (abgerufen am 24.11.2025)
Marson AG, Al-Kharusi AM, Alwaidh M, et al. The SANAD study of effectiveness of valproate, lamotrigine, or topiramate for generalised and unclassifiable epilepsy: an unblinded randomised controlled trial. Lancet 2007; 369: 1.016-1.026.
Marson A, Burnside G, Appleton R, et al. The SANAD II study of the effectiveness and cost-effectiveness of valproate versus levetiracetam for newly diagnosed generalised and unclassifiable epilepsy: an open-label, non-inferiority, multicentre, phase 4, randomised controlled trial. Lancet 2021; 397: 1.375-1.386.
Mbizvo GK, Bucci T, Lip GYH, Marson AG. Morbidity and mortality risks associated with valproate withdrawal in young adults with epilepsy. Brain 2024; 147(10): 3.426-3.441.